Lorsque l’on travaille sur un projet de création de chambres d’hôtes, la question du financement arrive tôt ou tard. A moins de posséder le bien immobilier qui va bien, ou d’avoir fait un héritage d’un tonton d’Amérique, c’est un passage obligé.
On ne parlera pas ici des circuits traditionnels de financement comme les banques, mais plutôt des alternatives existantes. Plusieurs personnes m’ont contacté pour savoir ce que je pensais des plateformes de financement participatif (crowdfunding).
Vous avez très certainement entendu parler de ces jolis projets, financés par une communauté d’inconnus… mais est-il possible de faire ce genre d’opération pour un projet de chambres d’hôtes ?

Petits rappels :

Le crowdfunding, c’est la rencontre entre un porteur de projet et des « investisseurs ». Ce mode de financement s’est totalement démocratisé avec internet et bénéficie d’un réel engouement (notamment avec l’appui des réseaux sociaux). Le chanteur Grégoire a pu lancer sa carrière ou encore le film « Demain » a pu exister grâce à la générosité de ces donateurs. Ce sont deux exemples parmi tant d’autres.

Vu le nombre de sites web qui se monté sur ce créneau, c’est que le filon doit être intéressant. Il existe plusieurs modèles de fonctionnement.

  • Le don : totalement désintéressé il est plutôt réservé aux associations ou aux organismes non lucratifs
  • Le don avec contre-partie : parfois utilisé pour financer le lancement d’un produit, d’un film vous bénéficiez d’une contre-partie en fonction du montant de votre engagement
  • Le prêt aux entreprises : s’adresse plutôt aux entreprises qui ont un besoin de financement à court terme. Comme pour un prêt bancaire, le porteur de projet va payer des intérêts + la commission de la plateforme. Ce type de prêt s’adresse donc plutôt aux commerces/artisans locaux.
  • L’investissement par prise de participation : Comme pour une entreprise du CAC 40, en investissant dans un projet de ce type, vous devenez actionnaire de la société. Un pacte d’actionnaire est souvent établit et vous permet d’avoir une vision sur les rendements et/ou sur les avantages attendus.

Les projets ne sont lancés que si tout ou partie du financement est trouvé. Généralement, une commission de l’ordre de 8% est prélevé sur l’ensemble des sommes collectées.

Alors, peut-on tenter le coup ?

Si on y regarde de plus près, les possibilités semblent assez réduites, surtout dans la recherche de financements importants. Si l’on exclu le don (réservé aux associations) et la prise de participation (plutôt pour les gros projets), il ne reste plus que le don avec contre partie ou le prêt aux entreprises.

Le prêt aux entreprises s’apparente plutôt a du prêt court-terme. Les rentabilités attendues sont quand même assez élevées (entre 6 et 10%). Il peut être mis en oeuvre pour un complément de financement. Par exemple pour financer une partie de vos aménagements. A l’heure où les banques peuvent emprunter à 0% auprès de la BCE, je pense qu’il vaut mieux tenter de faire un peu le forcing auprès de son conseiller et obtenir un bon taux (environ 2,5%). De plus, il faut savoir qu’il y a un barrage à l’entrée : on vous demande les trois derniers exercices pour évaluer votre risque. Donc exit cette formule si vous êtes en phase de création.

Reste le don avec contre-partie. Si l’on regarde les statistiques d’un des principaux acteurs du secteur, les plus gros montants collectés oscillent entre 325 k€ et 440 k€.  On y apprend également que le montant moyen des contributions est de 62 € pour des projets moyen de 4,1k€. Donc pas de quoi financer un projet d’envergure.

La loi des 1%

Les plus optimistes pourront tout de même tenter l’aventure. Après tout, il n’y a aucun risque… à moins de ne trop compter dessus, mais la partie n’est pas gagnée. Il y a plusieurs raison à cela :

  • les projets qui réussissent sont généralement très novateurs (nouveaux produits), porteur de sens (écologie). Il y a tous les ans de nouvelles chambres d’hôtes qui se créent et pas grand chose de vraiment nouveau à l’horizon. Dans ce cadre, il me parait difficile de proposer un concept totalement innovant qui pourrait rassembler une communauté de personnes prêtes à investir.
  • il y a sur le web, la loi communément appelée la loi des 1%. Il s’agit en réalité du taux de transformation (ou de conversion). C’est la proportion d’internautes prêt à investir par rapport au nombre de visiteurs uniques. Dans la pratique, ce taux évolue entre 0 et 8% pour les sites les plus performants. Si l’on table sur une conversion de 3% et un montant moyen de 60 € : 100 visiteurs génèreront 180 €, 1 000 visiteurs 1 800€ et 10 000 visiteurs 18 000 €. Et c’est là que les choses deviennent compliquées. Au delà du cercle familial et des amis, comment arriver à toucher autant de gens, avec un projet somme toutes assez commun ?
    De plus, n’oubliez pas que sur cette somme il vous faudra déduire les frais de la plateforme ainsi que les contre-parties.

En conclusion :

Les possibilités de financements par ce biais sont donc réduites. Par contre, dans le cadre d’une action marketing et d’une pré-vente de ses nuitées, c’est une action tout à fait envisageable et qui peut s’avérer payante pour se faire connaitre auprès de ses premiers clients. A vous de construire une offre attrayante avec un objectif raisonnable et il y a toutes les chances qu’elle rencontre son petit succès.

[edit du 18/04] En complément, on vient de me transmettre un article sur les risques fiscaux des dons via le Crowdfunding.

Et vous qu’en pensez vous ? Connaissez vous, ou avez vous déjà entendu parler de création de chambres d’hôtes ayant bénéficié de ce type de montage  ?